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Ben n'est pas un adolescent tout à fait comme les autres. Choyé par sa mère et protégé par son petit frère, il vit dans son propre monde. Pour lui, l'extérieur est d'une violence inouïe. Aller à l'école est devenu chaque jour un peu plus un enfer depuis que deux types de son lycée technique lui rendent la vie impossible, ne cessant de le traquer, de le harceler, de l'humilier, le poussant lentement mais sûrement à bout.
Son unique havre de paix est sa chambre. Dès qu'il s'y retrouve, il allume son ordinateur et plonge dans le seul univers où il se sente bien et un peu plus en " sécurité ", celui d'Archlord, un jeu en ligne fascinant. Il devient alors Ben X, un héros prêt à tout, invincible, qui a le coeur battant pour une certaine Scarlite. Alors qu'il décide d'en finir avec son douloureux quotidien - par le seul moyen qui trouve grâce à ses yeux ? cette jeune fille énigmatique va entrer dans sa vie...

J'ai eu la chance d'interviewer le réalisateur et l'acteur principal du film pour le site AlloCiné. Je voulais en faire profiter les lecteurs du blog. Ce film mérite vraiment d'être vu ...

AlloCiné: Nic, "Ben X" est adapté de votre propre livre, sorti il y a une dizaine d'années. Au moment de son écriture, pensiez-vous déjà à l'adapter au cinéma ?
Nic Balthazar : Je mentirais si je disais que je n'y avais pas pensé. Le petit livre que j'ai écrit était fait pour les adolescents qui ne lisent pas. Je me disais que s'ils n'aimaient pas trop le livre, peut-être qu'ils aimeraient au moins le film. J'ai écrit le livre comme si j'écrivais un scénario. Il faisait 93 pages, le film dure 93 minutes. J'étais loin d'imaginer qu'il sortirait dans le monde entier et que je serais à Paris aujourd'hui pour en parler, d'autant que c'est ma première réalisation. Quant aux différences entre le livre et le film, oui, il y en a un certain nombre. J'ai fait évolué Ben et le monde qui l'entoure au fil du temps. Par exemple, son père était absent du livre alors qu'il est présent dans le film.

Un des thèmes importants que vous abordez dans le film est celui du suicide. Avez-vous essayé de faire passer un message ?
Nic Balthazar : Je sais que c'est dangereux de dire ça mais oui, j'ai essayé de faire un film qui porte un message. Le livre est né après avoir lu dans un journal un fait divers sur un adolescent qui s'était suicidé. Les chiffres des taux de suicides chez les jeunes sont effroyables. J'ai parlé avec beaucoup de personnes qui répondent aux permanences téléhoniques de détresse et ce que j'ai compris c'est qu'il ne sert à rien de dire à ces jeunes sur le point de se suicider qu'il faut qu'ils pensent à leurs proches, que ce geste est égoïste. Leur douleur est immense, la mort leur semble être l'unique solution à leur problème. Il faut leur faire comprendre qu'il y a d'autres solutions. Je n'ai pas voulu faire un film super moraliste ou qui tombe dans le misérabilisme. C'est un film cool, avec du suspense et de l'émotion mais qui traîte de sujets graves voire tabous. J'ai voulu donner un peu d'espoir là où il n'y en a pas vraiment dans la réalité. Comme disait Stanley Kubrick, "le cinéma c'est oser aller à l'envers de la réalité" .

Avez-vous eu des témoignages de gens qui ont vu le film et qui ont été particulièrement touchés ?
Greg Timmermans : Un jeune garçon de 14/15 ans est venu voir Nic à la fin d'une projection en lui expliquant qu'il était autiste mais que ses camarades de classe ne le savaient pas et que dans quelques jours, ils allaient voir le film ensemble et qu'après il le leur dirait. C'était très touchant. Autrement, j'ai reçu beaucoup de lettres et de mails. Ca fait extrêmement plaisir. Une projection a eu lieu avec une association composée de gens qui ont été touchés par le suicide d'un proche (parents, enfants ...) et le film a eu beaucoup d'impact sur eux. Ils ont pu comprendre ce que ressentait vraiment leurs proches au moment où ils ont choisi d'en finir avec la vie. C'était très intense pour eux.

Nic Balthazar : On a montré le film à la famille du jeune garçon qui me l'a inspiré. Pour eux, c'était comme la fin du voyage, un dernier adieu à leur proche disparu. Ils ont apprécié que le film apporte une part d'espoir.

Vous avez parlé tout à l'heure de l'aspect "cool" du film. Comment l'avez-vous développé ?
Nic Balthazar : D'abord par la musique. J'ai choisi des groupes qui plaisent aux jeunes et qui ont des textes en rapport avec les thèmes du film. Le groupe Praga Khan n'est pas du tout connu en France, pourtant ils ont été les pionners de la musique dance et ils sont belges ! Ils ont collaboré à de nombreuses bandes-originales de films américains. Les paroles des chansons choisies semblent avoir été écrites pour le film, alors que pas du tout ! J'ai également choisi Arno parce que j'adore sa voix et qu'il est toujours bon de faire connaître un artiste belge au monde entier. Pour Sigur Ros , c'est une autre histoire. Je tenais tout particulièrement à ce qu'un de leurs titres soit utilisé dans la scène finale du film. Cette musique était tellement forte, tellement parfaite que je ne pouvais en imaginer une autre à sa place. Ce fut compliqué d'avoir l'accord du groupe mais finalement, après avoir vu le film, ils ont accepté. J'étais aux anges.

Vous avez également utilisé un vrai jeu-vidéo, "Archlord", à l'intérieur même du film, comment vous y êtes vous pris ?
Nic Balthazar : Oui, et c'est une petite révolution dans le monde du cinéma ! J'en suis très fier. J'étais entouré de cinq gamers et je les dirigeais comme on dirige des acteurs de chair et de sang sauf que là il s'agissait de personnages virtuels dans un décor virtuel. L'avantage c'est que ça n'a rien coûté ! Il était important pour moi de montrer que le virtuel n'est pas fait que de violence. C'est un monde intrigant et fascinant. Beaucoup de gens y trouvent des choses qui leur manquent dans leur vie réelle. C'est le cas de Ben. Il peut être celui qu'il a toujours rêvé d'être dans ce jeu. Sa maladie n'a plus d'importance. Il y trouve de l'écoute, du réconfort et même l'amour ! Vous verrez, un jour, même nos grand-mères auront des avatars !

Greg, avez-vous longtemps hésité avant d'accepter le rôle de Ben ?
Greg Timmermans : Oui et non. J'étais très partagé. D'un coté, j'avais le sentiment que je ne pouvais pas me permettre de passer à coté de ce rôle si fort, si exigeant. Mais de l'autre, je ne savais pas si je serais à la hauteur. Je doutais un peu, d'autant que le film reposait totalement sur mes épaules ! Si j'étais mauvais, c'est tout le film qui était mauvais. Heureusement, j'ai eu 6 mois pour me préparer. J'en ai profité pour parler avec des autistes et m'enrichir de leurs témoignagnes. J'ai beaucoup discuté avec Nic aussi. De ce fait, je me suis rapidement senti à l'aise sur le tournage.

La scène d'humiliation que l'on voit à plusieurs reprises dans le film a-t-elle été difficile à tourner pour vous ?
Greg Timmermans : Je savais que ça ne serait pas facile à tourner mais pas à ce point-là. Il y avait évidemment le fait de me retrouver le pantalon aux genoux, mais c'était un détail comparé au reste. Il a fallu la refaire une vingtaine de fois. Au bout de la 10ème prise, je me sentais moi-même harcelé, humilié.

A-t-il été difficile de quitter Ben à la fin du tournage ?
Greg Timmermans : Pendant le tournage, je ne pensais qu'au film nuit et jour. Je rêvais même de Ben la nuit ! Surtout avant le tournage de certaines scènes cruciales, comme celle dans le parc où Ben part dans un monologue très émouvant. Ou encore celle où il casse tout dans sa chambre. C'était très intense. Une fois le tournage terminé, je n'ai pas eu trop de difficultés à sortir du rôle. Cela s'est fait naturellement.

A l'occasion du festival de Montréal, vous avez été ovationnés par le public. Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?
Greg Timmermans : C'est un souvenir qui restera gravé dans ma mémoire pendant encore longtemps. C'était mon premier rôle, mon premier film, sa première présentation au public, première fois que je voyais le film, la première fois que je traversais l'Atlantique aussi ! C'était étourdissant. J'ai vu les gens se lever spontanément comme un seul homme quand le générique de fin a commencé. Ils applaudissaient à tout rompre et je n'en croyais pas mes yeux. Puis des gens sont venus me voir, des trémolos dans la voix ... C'est impossible à décrire, c'était beaucoup d'émotion. Je n'oublierai jamais ça.

Après un livre, une pièce de théâtre, un film, quelle est la prochaine étape ? Une série "Ben X" ? Un remake américain ?
Nic Balthazar : (Rires) On m'a déjà demandé si je ne voulais pas en faire un ballet, un opéra, ou que sais-je encore ! J'ai écris le livre d'une traite, le film s'est tourné en 25 jours ... La production d'une série prendrait trop de temps. Par contre, on m'a approché pour revendre les droits d'un remake aux Etats-Unis. J'aimerais beaucoup le réaliser. Le slogan du film, c'est "L'important, c'est le courage", alors pourquoi pas ? Le tout c'est d'oser !

Pour finir, pouvez-vous dire en quelques mots pourquoi les internautes doivent aller voir "Ben X" ?
G.T :
C'est un film qui combine plusieurs genres : le thriller, le drame, le documentaire et la romance. Il ne laisse pas indifférent, quelque soit l'âge, et il fait réfléchir. Courez-y si vous voulez passer un bon moment !

Propos recueillis par moi-même à Paris le 26 février 2008 pour AlloCiné.com


La Bande-Annonce de Ben X.